mardi 21 avril 2026

Mon Colonel collatéral, 3 campagnes militaires, 2 empereurs, 3 rois, 2 révolutions et une surprise généalogique : Jean BAUDINET

Encore une biographie ?


Bah ouais, c’est ma période « parcours de vie », je kiffe grave !




Colonel Jean BAUDINET




Avant de débuter le récit de son existence, il est nécessaire de situer cet homme dans mon arbre généalogique.


L’arrière grand-père de ma grand-mère Huguette BAUDINET est Jean Baptiste BAUDINET (1814-1893), mon sosa n°40, un honnête jardinier de Thionville en Moselle.


Jean Baptiste BAUDINET


C’est le cousin germain dudit Jean BAUDINET. Leurs pères, André et Nicolas, sont les fils de Jean BAUDINET (1740-1801), de Solgne en Moselle, mon sosa n°160.


En remontant l’ascendance agnatique*, on arrive à Dominique BAUDINET (1684-1733) originaire de Vigny (57), laboureur et admodiateur* de la terre de la seigneurie de Secourt (57), mon sosa n°640.


*agnatique : parenté par les mâles


*admodiateur : celui qui donne une terre en location moyennant une prestation périodique, généralement en nature. Son rôle est d'affermer (fixer les montants des fermages) les revenus de la seigneurie pour une durée de 3 ou 6 ans, éventuellement renouvelable.


Voilà, voilà.



Moselle, village de Secourt, 12 frimaire an XII, soit le 14 décembre 1803.


Napoléon BONAPARTE n’est pas encore empereur, mais ça ne saurait tarder…


Napoléon 1er


Situé à 25 kilomètres au sud de Metz, le village rural qui compte presque 300 habitants est traversé par le ruisseau de Moince, abrite un château du XIVe siècle et l’église Saint-Mansuy dont les fonds baptismaux datent de 1582.


Anne PARISIEN, âgée de 21 ans, s’est mariée début octobre avec Nicolas BAUDINET, manœuvre de métier.

Il était temps, car son ventre rebondi ne laissait aucun doute sur sa grossesse de 7 mois…


À 4 heures de l’après-midi, elle donne la vie à son premier enfant, un garçon, faisant le bonheur de son mari qui décide de l’appeler Jean.


Le couple aura deux autres enfants : Anne (née le 18 décembre 1806, décédée le 23 juin 1871) et Nicolas (né le 24 mai 1810, décédé le 7 juillet 1845).



30 mars 1825.

Charles X a succédé à son frère Louis XVIII six mois plus tôt sur le trône de France, et sera sacré et couronné dans deux mois en la cathédrale de Reims.


Louis XVIII




Charles X

Jean est alors âgé de 21 ans.

Il s’engage au 16ème régiment d’infanterie de ligne comme simple soldat.


C’est le début d’une carrière militaire qui va durer 38 ans.


1er avril 1826.

Jean est promu caporal.


20 octobre 1827.

Il est nommé sergent.


19 août 1828 à Toulon.

Jean a 24 ans.

Un corps expéditionnaire de 15 000 hommes formé pour soutenir les insurgés grecs lors de la guerre d’indépendance grecque prend la mer.

C’est « l’expédition de Morée », une intervention terrestre de l’armée française dans le Péloponnèse qui a pour but de libérer la région des forces d’occupation turco-égyptiennes.

La flotte de transport protégée par des vaisseaux de guerre est constituée d’une soixantaine de navires qui, outre les troupes, acheminent le matériel, les vivres, les munitions, les 1300 chevaux pour l’expédition, mais également les armes, les munitions et l’argent destinés au gouvernement grec de Ioánnis KAPODISTRIAS.

Le 16ème de ligne fait partie de la deuxième brigade commandée par le Général Philippe HIGONET.


Général Philippe HIGONET


Le régiment dont Jean fait partie, commandé par le colonel Comte BOGARELLI d’ISON, comprend 58 officiers, 1264 hommes de troupe, 7 chevaux d’officiers et 13 chevaux de trait.


Douze jours plus tard, la flotte débarque au nord-ouest du golfe de Messénie situé au sud de la Grèce.

Le 9 septembre, Ibrahim Pacha, commandant de l’armée égyptienne d’Arabie, commence l’évacuation de ses troupes qui se termine le 5 octobre.


Le 6 octobre, le 16ème de ligne, secondé par de l’artillerie et des hommes du génie, entame sa marche sur Navarin (Pylos), une place forte importante à conquérir puisqu’elle garde la baie stratégique de Pylos.

Le commandant turc de la place refuse de se rendre :

« La Porte (l’Empire ottoman) n’est pas en guerre avec les Français, ni avec les Anglais. On ne commettra aucun acte d’hostilité, mais on ne rendra pas la place. »

Les sapeurs reçoivent alors l’ordre d’ouvrir une brèche dans les murailles. 

Le général HIGONET entre dans la forteresse tenue par 530 hommes, qui se rendent sans résistance, avec soixante canons et 800 000 cartouches. 

Les soldats français s’installent durablement à Navarin dont ils relèvent les fortifications, reconstruisent les maisons et où ils installent un hôpital et diverses administrations locales.


Le 26 octobre, après une semaine de marche exténuante réglée au rythme du tambour, le 16ème de ligne vient en renfort au siège du château de Morée situé à l'extrémité nord de la péninsule de Rio en Achaïe à l’entrée du golfe de Corinthe.

Le 30 octobre au petit matin, les batteries, vingt-cinq pièces de gros calibre ouvrent le feu. 

En quatre heures, une large brèche est ouverte dans les remparts. 

Un parlementaire sort alors en arborant un drapeau blanc afin de négocier les termes de la reddition de la place.

La capitulation est alors refusée par le lieutenant-général en chef de l’expédition, Nicolas Joseph MAISON, qui donne une demi-heure à la garnison de 600 hommes pour ouvrir les portes de la place et l'évacuer sans armes.

Les aghas ( Officiers turcs de la cour du sultan ) se soumettent.

Cependant, la résistance de la forteresse a coûté 25 hommes, tués ou blessés, à l’expédition française.


L’intervention française en Grèce se termine le 1er novembre.

Le 16ème de ligne rentre en France fin janvier 1829.

Le bilan humain de l’expédition française est extrêmement lourd : on compte officiellement 4 766 malades et 1 000 morts.

En effet, le tiers des troupes françaises est affecté par des fièvres, des diarrhées et la dysenterie contractées entre les mois d'octobre et de décembre 1828 dans les camps installés dans les plaines marécageuses de Pétalidi, de l'embouchure de la Djalova (dans la baie de Navarin), de Modon et de Patras.

Cette épidémie de fièvre palustre, caractérisée par une grande majorité de fièvres tierces (survenant tous les deux jours), périodiques, à taux élevé de rechute, fulgurantes et accompagnées d'ictère, de céphalées et de troubles neurologiques et digestifs correspond très certainement au paludisme qui est endémique à la région à cette époque.


2 août 1830.

Charles X abdique en raison de la deuxième révolution française à Paris en juillet (Les « Trois Glorieuses »). Son cousin, le Duc d’Orléans, prend le pouvoir sous le nom de Louis-Philippe 1er, instaurant ainsi la « monarchie de Juillet » qui va durer jusqu’en 1848.

C’est le dernier roi qui régnera en France.


Louis Philippe 1er



21 janvier 1831.

Jean est âgé de 27 ans.

Il est nommé sergent-major.


En juin 1832, le 16ème de ligne participe à la répression de l’insurrection républicaine à Paris.

Jean est alors promu adjudant sous-officier le 24 juin.


23 février 1833.

Jean est nommé sous-lieutenant, il a 29 ans.


Le 25 juin 1834, il passe au 14ème régiment d’infanterie légère dont la garnison se situe à Ham (Somme).


Le 14 mai 1836, Nicolas Baudinet, le père de Jean décède à Secourt à l’âge de 65 ans.


29 octobre 1840.

Jean est promu lieutenant, il est âgé de 36 ans.


5 octobre 1841, à Péronne dans la Somme.

Il est onze heures du matin.

À la mairie, on célèbre le mariage de Jean BAUDINET, 37 ans, et d’Eugénie Désirée LENGLIER, 20 ans, née à Paris.

Son père, Antoine Magloire Désiré LENGLIER, 53 ans, est lieutenant commandant la gendarmerie de l’arrondissement de Péronne, Chevalier de la Légion d’honneur.

Avec la Grande Armée (l'armée impériale de Napoléon 1er de 1804 à 1814), il a participé à la campagne en Prusse et Pologne entre 1806 et 1808, à celle d’Espagne et du Portugal en 1808 et 1809 et celle de 1814 en France.

Autant dire que le type ne rigole pas.

Sa mère est Antoinette Marie Charlotte TRAMOT, âgée de 49 ans.


En tant qu’officier, Jean a reçu la permission de se marier délivrée le 9 septembre précédent à Meudon par Monsieur le Président du Conseil, Ministre Secrétaire d’État de la guerre.


Les témoins de Jean sont Adrien Éloi FRIOCOURT, 43 ans, capitaine au 14ème régiment d’infanterie légère et Bernard PAILLAIS, 40 ans, lieutenant au même régiment.

Les témoins de son épouse sont Charles Sylvain LENGLIER, 43 ans, receveur des contributions indirectes, son oncle et Jean Joseph PHILIS, 60 ans, sous-préfet de l’arrondissement de Péronne, Chevalier de la Légion d’honneur.

Autant dire des témoins de qualité.


26 décembre 1844, rue d’Angoulême-Saint-Honoré dans le 8ème arrondissement de Paris, Eugénie Désirée donne la vie à un garçon prénommé Jules Adolphe.

Elle a 23 ans et son mari Jean a 41 ans.


9 décembre 1847.

Jean est élevé au grade de capitaine.


24 février 1848.

Suite à la troisième révolution française, Louis-Philippe 1er abdique en faveur de son petit-fils, Louis Philippe Albert d’Orléans âgé de 10 ans, qui ne sera jamais monarque.

En effet, Alphonse de LAMARTINE proclame provisoirement le même jour la Deuxième République entouré des révolutionnaires parisiens.

Suite à la constitution de la Deuxième République proclamée définitivement le 4 novembre, il faut élire un président.

Louis-Napoléon BONAPARTE se présente aux élections. Son père Louis BONAPARTE, frère de l’empereur Napoléon 1er, a été roi de Hollande.

Il est élu avec plus de 74% des voix, devient le premier président de la République française en prêtant serment le 20 décembre 1848.


Louis Napoléon BONAPARTE


7 avril 1849.

Jean passe à la Garde Républicaine qui fait partie de la gendarmerie depuis deux mois.

Elle est placée dans les attributions du ministre de la Guerre pour tout ce qui concerne l'administration, la police intérieure, la discipline et l'avancement.

Spécialement affectée au service de la ville de Paris, elle est placée sous les ordres du préfet de police. Son effectif est fixé à deux mille quatre cents hommes.


Le 18 août, sa mère Anne PARISIEN décède à Secourt.


Le 14 septembre, Jean prête serment à la Garde devant le tribunal de première instance de Paris. Il a 45 ans.


23 mai 1850.

Notre capitaine de la Garde Républicaine est décoré de la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur.


Croix de Chevalier de la Légion d'honneur



2 décembre 1851.

Charlemagne Émile de MAUPAS est préfet de police de Paris depuis un mois.

C’est l’un des principaux acteurs du coup d’État de ce 2 décembre pour le compte de Louis-Napoléon BONAPARTE, futur Napoléon III, empereur des Français, dernier monarque du pays.

La Garde Républicaine est sous ses ordres et procède à l’arrestation des chefs de l’opposition, des militants de « l'extrême gauche républicaine » mais aussi 14 élus, des royalistes et des militaires.

Jean BAUDINET n’est que capitaine, il est toutefois chargé d’arrêter les généraux BEDEAU, LAMORICIÈRE, LEFLÔ et CHANGARNIER (la plus importante des arrestations du coup d’état), ainsi que Jean Didier BAZE, questeur.


Général CHANGARNIER


Un an plus tard, le 2 décembre 1852, Louis Napoléon BONAPARTE devient l'Empereur Napoléon III, à la date anniversaire symbolique du coup d’État, du sacre de Napoléon 1er et de la victoire d’Austerlitz.


21 janvier 1854.

Jean est nommé Chef d’escadron pour prendre le commandement de la Compagnie de la Lozère. Il a 50 ans.

Le 11 juin, il est désigné pour commander le 1er bataillon du régiment de gendarmerie de la Garde Impériale (anciennement gendarmerie d’élite) comme Chef d’escadron.

Le bataillon compte plus de 600 hommes aux ordres de Jean.


Gendarme à pied de la Garde Impériale





9 avril 1855.

La guerre de Crimée dure déjà depuis un an et demi.

Les 1500 gendarmes des deux bataillons de la Garde Impériale quittent Paris pour se rendre à Marseille sous le commandement du Lieutenant-Colonel JOLLY.

Chaque bataillon est composé de 6 compagnies de 125 hommes, tous beaux hommes, de haute taille, bien constitués, aguerris, ayant presque tous fait la campagne d’Afrique, ayant presque tous porté dans les rangs de l’armée les galons de sous-officier.

La Croix de la Légion d’honneur et la Médaille militaire brillent sur la poitrine d’un grand nombre d’entre eux.

En arrivant à Marseille, la troupe trouve des bâtiments prêts à les transporter près du théâtre de la guerre.

Le 23 avril, le régiment embarque pour rejoindre Constantinople le 2 mai.


Arrivés en Turquie, des tergiversations entre chefs militaires retardent l’envoi des troupes en Crimée.

En effet, le général commandant militaire à Constantinople diffère l’embarquement et s’interroge sur la nécessité de réexpédier une « troupe d’élite spéciale, policière » à Paris où elle serait plus utile qu’en Crimée. 

Toutefois, sur l’insistance du maréchal VAILLANT, ministre de la Guerre, les bataillons de la gendarmerie de la Garde rejoignent le camp de Kamiesch les 2 et 3 juin pour effectuer aussitôt un service dans les tranchées.


Kamiesch, base française d'opérations



7 et 8 juin 1855.

Les combats qui vont se dérouler pendant deux jours visent à préparer l’assaut de Sébastopol. Il s’agit, pour les troupes de la coalition, de s’emparer des fortins et des ouvrages constituant l’ultime ligne de défense avant d’atteindre la tour de Malakoff.

Le rapport du Chef d’escadron BAUDINET sur cette opération demeure officiellement le plus précis en ce qui concerne la participation du 1er bataillon de la gendarmerie de la Garde.

Son récit de première main, écrit le 9 mai, dès le retour du bataillon au camp, permet de suivre la progression du 1er bataillon, la seule des deux unités constituées qui ait participé de manière directe à l’engagement du 7 au 8 juin.


L’assaut se déroule sur le plateau du Carénage.

Cette attaque doit permettre aux Alliés de se rapprocher de la forteresse de Sébastopol.

À la gauche du ravin de Karabelnaïa, les Anglais ont pour objectif de s’emparer des ouvrages russes dits des « Carrières ».

À la droite du ravin, les Français doivent se rendre maîtres du fortin nommé le « Mamelon vert »ainsi que des structures défensives nommées « Ouvrage du 22 février » et « Ouvrage du 27 février ».


Attaque du "Mamelon vert"


Les gendarmes, placés dans les tranchées, légèrement en arrière, en compagnie d’un bataillon du 2e régiment de grenadiers de la garde, doivent servir de corps de réserve à la disposition du général MAYRAN.

Prévenues la veille, les troupes du Chef d’escadron BAUDINET se rendent à leur position le 7 juin vers 17 heures. 

Le signal de l’assaut donné vers 19 heures voit s’élancer l’ensemble des troupes.

Soumis au feu de la mitraille russe, les gendarmes, suivant l’élan, arrivent directement en soutien et contribuent à enlever les redoutes des 22 et 27 février. 

Le Chef d’escadron BAUDINET évoque l’activité des gendarmes au milieu du champ de bataille, après la prise des fortifications : 

« Je reçus l’ordre de rallier mon bataillon et de rester (…) pour former réserve afin de soutenir au besoin les hommes de tous les corps, qui dans une ardeur et un élan indicible s’étaient laissés entraîner jusqu’au près du pont qu’ils voulurent franchir pour attaquer la redoute qui se trouve au-dessus et couvre le port et la ville. Vers les 9 heures du soir, le général de LAVARANDE me fit rétrograder jusqu’à la redoute dite du 27 juillet (la plus rapprochée du parallèle) et m’en donna le commandement, que je pris en lui promettant de me défendre jusqu’à la dernière extrémité ».

Exposés au feu croisé des redoutes tenues par les Russes « qui tuèrent ou blessèrent plus de vingt hommes », les gendarmes de la garde – appréhendant une contre-attaque – protègent les positions qu’ils venaient de conquérir tandis que les hommes du génie fortifiaient les ouvrages.

Le bataillon est relevé le 9 juin à huit heures du matin et rejoint son camp dans la matinée.

Dans son rapport, le général en chef de l'expédition française Aimable PÉLISSIER loue l’ardeur des gendarmes au combat du 7 juin : « Je commettrais un oubli si je ne citais ici avec éloges les deux bataillons de la garde impériale, grenadiers et gendarmes, qui se sont battus comme de vraies troupes d’élite ».


Général PÉLISSIER


Le Chef d’escadron BAUDINET signale également la bravoure de huit officiers et de cinquante-trois sous-officiers et gendarmes.


Le 15 juin, Jean est cité à l’ordre de l’armée comme « S’étant particulièrement distingué le 7 juin 1855 à l’enlèvement des redoutes Lavarande devant Sébastopol ».


Le 16 novembre, le régiment embarque pour rejoindre Marseille.

Le 20 suivant, le 1er bataillon arrive à Paris à la gare de Lyon à 3 heures de l’après-midi.

Un détachement de gendarmes et la musique du régiment sont présents pour l’accueillir.

Avant de retrouver la caserne de la rue Neuve-du-Luxembourg deux heures plus tard, la troupe revenant de Crimée et ayant versé son sang pour la France devant Sébastopol, reçoit sur son passage à travers la capitale les vivats et les acclamations sympathiques de la population parisienne.


Le 1er décembre, Jean est décoré Officier de l’Ordre Impérial ottoman du Médjidié (4ème classe) par décret du Sultan Abdel MÉDJID.


Médaille d'Officier de l'Ordre Impérial du Médjidié


Il est également décoré de la Médaille de la valeur militaire de Sa Majesté le Roi de Sardaigne ainsi que la Médaille de Crimée de Sa Majesté la Reine d’Angleterre (Victoria).


Médaille de la valeur militaire de Sa Majesté le Roi de Sardaigne


Médaille de Crimée de Sa Majesté la Reine d’Angleterre



30 janvier 1856.

À 52 ans, Jean est promu Lieutenant-Colonel. Il est nommé second de l’État-Major du Régiment de gendarmerie de la Garde Impériale commandé par le Colonel Jean Antoine Léon de PRÉMONVILLE de MAISONTHOU.


Jean Antoine Léon de PRÉMONVILLE de MAISONTHOU



17 juillet 1858.

Promu Colonel, Jean BAUDINET prend le commandement de la 12ème Légion de gendarmerie à Cahors.


21 juin 1859.

Il prend le commandement de la 24ème Légion de gendarmerie à Arras.


26 décembre 1860.

Jean est élevé au grade d’Officier de l’Ordre Impérial de la Légion d’honneur.


Croix d’Officier de l’Ordre Impérial de la Légion d’honneur



1er avril 1862.

Jules Adolphe BAUDINET, le fils de jean, est engagé volontaire au 19ème régiment d’infanterie de ligne. Il a 17 ans.

Il part rapidement en Italie avec le corps expéditionnaire français à Rome.


Le 30 décembre, Jean est élevé au grade de Commandeur de l’Ordre Impérial de la Légion d’honneur.


Croix de Commandeur de l’Ordre Impérial de la Légion d’honneur



7 février 1863, Jules est promu Caporal, toujours en Italie.


11 mars 1864.

Jean est âgé de 60 ans.

Il est admis à la retraite après 39 années de bons et loyaux services.


Le 25 mars, on organise un déjeuner en son honneur à Laon à l’hôtel de l’Écu.


En effet, les officiers de la compagnie de l’Aisne qui ont su apprécier les excellentes qualités de ce digne chef à la tête de la Légion ne veulent pas laisser partir leur Colonel sans lui donner une marque de l’estime qu’ils ont pour lui.

Monsieur le général MONGIN honore de sa présence la réunion où la plus franche cordialité règne.

Au moment du dessert, un toast au Colonel est porté par le Chef d’escadron GHINS qui lui exprime en quelques mots les regrets qu’il laisse paris tous ses officiers.

Jean est très ému. Il parvient toutefois à répondre en disant combien il est touché de la marque d’affection qui lui est donnée par les officiers de la compagnie de l’Aisne et dont il se souviendra toujours.

Il ajoute : « Mais, quoique n’étant plus à votre tête, vous me trouverez toujours lorsque vous croirez avoir besoin d’un appui. Dans ma carrière, j’ai pu me créer quelques relations qui peuvent être utiles à ceux qui se souviendront de Jean BAUDINET, leur ancien Colonel. »


Jules est revenu de Rome, il a maintenant 19 ans.


6 mai 1865.

Jules passe Caporal de grenadiers, toujours au 19ème de ligne.


8 juin 1866.

Jules est promu Caporal fourrier, puis Sergent le 15 août, dans le même régiment.


2 février 1867.

Jean BAUDINET décède à Arras à deux heures de l’après-midi d’une attaque de paralysie, il a 63 ans.

C’est Jules qui vient déclarer le décès de son père à la mairie.


De simple soldat en 1825 jusqu'au grade de Colonel en 1864, Jean a fait 3 campagnes militaires : en Morée entre 1828 et 1829, à Paris en 1851 et en Orient en 1855.

Il aura connu 2 Empereurs : Napoléon 1er et Napoléon III, et 3 Rois : Louis XVIII, Charles X et Louis-Philippe.

Il aura vécu 2 révolutions françaises : celle de 1830 et celle de 1848.


Quelle vie !


22 avril 1868.

Jules épouse Léonide Philomène CUVILLIER à Sus-Saint-Léger (62).


Il est promu Lieutenant le 7 août 1870, puis Capitaine au 91ème régiment de la Grade mobile le 3 octobre suivant.


Il fait la campagne de France contre l’Allemagne de 1870-1871.


Le 28 février 1871, Jules est décoré de la Croix de Chevalier de la Légion d’honneur.


Le 13 février 1873, sa mère, Eugénie Désirée LENGLIER, décède à Vouvray (37).


Jean Albert Désiré Joseph BAUDINET, le fils de Jules né le 1er juin 1869, sera Officier d'administration des hôpitaux militaires puis percepteur.



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Post-scriptum :


Lorsque je commence la rédaction de cet article, je n'ai aucune photographie de Jean.

Tant pis, je me lance à donf.


Arrivé en 1854, je fais une recherche sur les Officiers du Régiment de gendarmerie de la Garde Impériale pour en savoir plus sur cette unité.

Parmi les résultats figure une collection de photographies rassemblée par l'abbé Misset consultable via la salle de lecture virtuelle des Archives nationales.


La première partie concerne les membres de la famille impériale (de Napoléon III) et son entourage, les membres de la maison de l'Empereur, mais également des sculpteurs, peintres, musiciens, hommes de lettres, acteurs et artistes.

La seconde partie est vouée aux Maréchaux, Généraux, Officiers et soldats de divers régiments, et des scènes militaires du Second Empire.

Je suis automatiquement dirigé sur la planche concernant les Officiers gendarmes de la Garde Impériale. La photo date de 1863, ça ne colle pas puisque Jean en a fait partie entre 1854 et 1858.

Le menu déroulant m'offre 4 autres planches toutes intitulées "Portraits de gendarmes de la Garde Impériale" sans plus de précisions.

3 des ces planches sont consacrées aux musiciens, je regarde quand même par curiosité mais sans plus.

Il en reste une.

J'ouvre l'image numérisée qui contient 3 clichés.

En titre : Armée (quelques types militaires) - gendarmerie de la Garde - Officiers.

À gauche, un Officier de la gendarmerie à cheval.

Au centre, la même photo des Officiers de 1863.

À droite, une photo intitulée gendarmerie à pied... Ahhh !


Je zoome.


L'Officier présente une tunique munie d'épaulettes correspondant au grade de Chef d'escadron (épaulette gauche à franges et contre-épaulette droite sans franges).

Les aiguillettes sont portées sur l'épaule droite.

4 décorations sont visibles sur le côté gauche de sa poitrine... Ahhhhh !


- Croix de Chevalier de la Légion d'honneur : check !

- Médaille de la valeur militaire sarde : check !

- Officier de l’Ordre Impérial ottoman du Médjidié : check !

Médaille de Crimée britannique : check !


BINGO !


Les nuages de la recherche généalogique s'écartent, je suis illuminé des rayons du Dieu des ancêtres, en pleine euphorie de la trouvaille...


Je viens de découvrir le portrait de Jean que je peux dater entre le 1er décembre 1855 et le 30 janvier 1856.


Comme diraient mes fils : nan, mais c'est un truc de ouf, quoi !


Moralité : même si les recherches généalogiques sont souvent fastidieuses, longues, pénibles voire exaspérantes, elle réservent parfois des surprises inconcevables qui contribuent à nous motiver pour continuer d'avancer sur le chemin de la connaissance de nos ancêtres et des contextes dans lesquels ils ont vécu.


Bonnes recherches à toutes et à tous :)